Depuis plusieurs mois, une inquiétude grandissante traverse une partie importante du tissu associatif bruxellois actif dans le champ de la sécurité et de la prévention. Derrière cette inquiétude, il y a une réalité concrète : celle d’un manque de visibilité quant à la continuité des financements liés au Plan Global de Sécurité et de Prévention (PGSP).
En 2025, un système de douzièmes provisoires, bien qu’imparfait, avait permis de maintenir les activités à flot. En 2026, seule une couverture partielle des trois premiers mois a été mise en place, sans confirmation écrite à ce jour. Depuis, le silence. Aucune garantie, aucune perspective claire pour les mois à venir. Cette incertitude fragilise profondément des dispositifs pourtant essentiels.
Car au-delà des chiffres, ce sont des réalités humaines qui sont en jeu. Aujourd’hui, près de 30 dispositifs sont actifs sur le territoire bruxellois grâce à ces financements. Ils touchent plus de 100 000 bénéficiaires chaque année, soit près de 10 % de la population bruxelloise. Ils mobilisent directement plus de 50 travailleur·euses, sans compter les nombreux partenaires et emplois indirects. Derrière ces chiffres, ce sont des accompagnements, des suivis, des présences de terrain qui risquent de disparaître brutalement.
Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte de fragilisation structurelle : non-indexation des subsides, suppression progressive des postes CPE pour les ASBL, augmentation des besoins sociaux. Les associations sont aujourd’hui prises en étau entre des missions toujours plus cruciales et des moyens de plus en plus incertains.
Pourtant, les démarches ont été faites. Fin février, les acteur·rices de terrain ont été invité·es à introduire leurs demandes de reconduction pour 2026. Début mars, iels ont répondu aux exigences administratives demandées. Fin mars, leurs dossiers étaient annoncés comme étant en cours d’analyse, sans garantie toutefois quant à leur issue. Une succession d’étapes qui témoigne d’une volonté de collaboration, mais qui, en l’absence de décisions concrètes, n’a fait qu’accroître l’incertitude.
Aujourd’hui, le risque est immédiat. Sans clarification rapide, de nombreuses activités pourraient être mises à l’arrêt dès la fin du mois d’avril 2026. Une telle interruption ne serait pas anodine : elle entraînerait une rupture nette de services essentiels pour des publics particulièrement vulnérables, et affaiblirait des dispositifs au cœur des enjeux de sécurité et de cohésion sociale.
Car les missions portées par ces projets sont loin d’être accessoires. Elles touchent à des questions fondamentales : l’accompagnement pour les personnes les plus vulnérables, la prévention en matière de santé et de drogues, la lutte contre la radicalisation et les tensions sociales, le soutien aux personnes sans-chez-soi dans l’espace public et les transports, la lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains. Autant de défis majeurs pour l’avenir de Bruxelles.
Face à cette situation, une réponse rapide et claire est indispensable. Il en va non seulement de la survie de ces dispositifs, mais aussi de la capacité de la Région à répondre aux enjeux sociaux et sécuritaires qu’elle s’est elle-même fixés comme prioritaires.
Il est aujourd’hui essentiel de garantir une continuité, même transitoire, des financements, dans l’attente de décisions définitives. Il est tout aussi crucial d’établir un dialogue clair, avec des interlocuteur·rices identifié·es, afin de restaurer la confiance et permettre aux acteur·rices de terrain de poursuivre leur mission dans des conditions dignes et stables.
Bruxelles ne peut pas se permettre une interruption de ces services. Derrière chaque dispositif, il y a des vies, des parcours, des équilibres fragiles. L’urgence est réelle — et elle appelle une réponse à la hauteur des enjeux.
