Pour une fête plus sûre
Depuis plus de 30 ans, Modus Vivendi agit en milieux festifs pour réduire les risques liés aux consommations de produits psychoactifs. Au fil du temps, un autre enjeu s’est imposé comme central : les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans les espaces festifs — bars, clubs, festivals, soirées étudiantes, transports ou espaces publics.
Dès 2007, avec le développement du label Quality Nights en Belgique, l’adhésion de l’association au réseau NewNet* et sa participation active à différents groupes de travail, Modus Vivendi s’est progressivement investie dans la prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS) en milieux festifs.
À partir de 2021, dans le sillage du mouvement #balancetonbar, l’association a renforcé et intensifié ses actions dans ce domaine, en particulier lorsque des consommations de produits psychoactifs sont impliquées.
Outils de sensibilisation, formations, accompagnement des professionnel·les, travail en réseau, recherches quantitatives et qualitatives : l’objectif est clair — réduire les risques, améliorer la prise en charge des victimes et contribuer à des environnements festifs plus sûrs et inclusifs.
*Réseau européen sur la Réduction des Risques en milieu festif
Un état des lieux centré sur des publics trop peu documentés
Entre 2024 et 2026, Modus Vivendi, à travers le réseau Safe Ta Night – réseau d’acteur·rices de Promotion de la Santé intervenant en milieux festifs bruxellois que l’association coordonne – porte le projet :
« Lutte contre les VSS facilitées par la consommation de psychotropes et promotion du bien-être en milieux festifs bruxellois », avec le soutien de Equal.Brussels.
Ce projet poursuit deux objectifs principaux :
- Mieux comprendre le vécu des personnes LGBTQIA+ et des personnes racisées en milieux festifs ;
- Développer et/ou pérenniser des actions adaptées pour prévenir les VSS et renforcer le bien-être en milieux festifs.
Il est mené en partenariat avec Brussels By Night asbl, La Plateforme Prévention Sida et Ex Aequo asbl.
Deux études complémentaires pour croiser les regards
Dans ce cadre, Modus Vivendi a mené deux recherches portant sur les violences sexistes et sexuelles vécues en milieux festifs — en particulier par des personnes LGBTQIA+ et/ou racisées — après consommation éventuelle de produits psychotropes.
Ce focus s’est imposé comme une nécessité : ces publics sont souvent confrontés à des violences spécifiques, encore peu documentées et largement invisibilisées.
Deux collectes de données ont été réalisées :
- Une enquête quantitative auprès du public festif LGBTQIA+ et/ou racisé (août 2024 – août 2025)
- Une enquête qualitative auprès de personnes LGBTQIA+ racisées (2025)
Le croisement de ces approches a permis de dégager des enseignements précieux, malgré plusieurs freins méthodologiques : taux de réponse pour le quantitatif plus faible qu’escompté, échantillon peu diversifié, difficultés de recrutement et de mise en confiance pour le qualitatif, méfiance envers les institutions, crainte de se dévoiler.
Malgré des limites inhérentes à toutes enquêtes, ces données n’en sont pas moins éclairantes et essentielles.
Elles permettent de nommer des violences, de qualifier des dynamiques intersectionnelles spécifiques et d’identifier des besoins concrets exprimés par les personnes concernées.
Chiffres clés – Étude quantitative sur les VSS en milieux festifs vécues par les personnes LGBTQIA+ et/ou racisées
- 69 % des participant·es ont subi des remarques lubriques en soirée — et 35 % des attouchements sexuels au moins une fois dans l’année.
- 57 % des violences ont eu lieu après consommation volontaire de produits (alcool, médicaments, drogues), contre 3 % sous influence involontaire. 9% ont sélectionné la réponse ‘Je ne souhaite pas répondre’ et 32% déclarent ne pas avoir été sous influence de produits (alcool y compris) lors de la violence subie.
- < 10 % se tournent vers la police ou les services spécialisés après une VSS.
63% des répondant·es demandent de l’aide à des ami·es et 28% n’en demandent pas du tout. - 56 % des personnes ont subi au moins trois discriminations (genre, apparence, expression, âge…), ce qui renforce leur exposition aux VSS.
- 80 % souhaiteraient fréquenter davantage d’espaces festifs communautaires LGBTQIA+ / racisés — signe d’un besoin clair d’espaces plus sûrs et inclusifs.
Cliquez ici pour accéder à la synthèse du rapport de recherche «« N. Van der Linden (Modus Vivendi ASBL). Violences sexistes et sexuelles en milieux festifs vécues par les personnes LGBTQIA+ et/ou racisées. Analyse quantitative. Bruxelles. Août 2025. **
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Recommandations issues de l’étude qualitative
Les entretiens menés auprès de personnes LGBTQIA+ racisées mettent en évidence des pistes d’action concrètes :
- Organiser des Safe Zones au sein des lieux festifs
- Encourager les victimes à porter plainte, à signaler les faits aux directions des établissements
- Sensibiliser les personnes LGBTQIA+ racisées et migrantes à propos de leur droits en cas de VSS
- Développer des Care Team au sein des lieux festifs
- Développer des campagnes de sensibilisation contre les VSS dans le cas des intersectionnalités dans les lieux festifs
- Sensibiliser les directions des lieux festifs aux VSS
- Créer un hashtag pour dénoncer des faits de discrimination et de VSS dans les lieux festifs
- Former les équipes de sécurité aux VSS et à la prise en charge des victimes et des auteurices de violence
- Sensibiliser les services de police aux réalités des personnes LGBTQIA+ racisées et renforcer leur présence lors d’événements comme la Pride
- Développer un plaidoyer auprès des acteurices politiques pour faire des VSS un sujet important pour l’action publique
Cliquez ici pour accéder à la synthèse du rapport de recherche Lelubre M. (Crebis), Bottero M. (Crebis), avec la contribution de Béduwé C. (Modus Vivendi ASBL). Violences sexistes et sexuelles en milieux festifs bruxellois. Situation des personnes LGBTQIA+ racisées. 37 pages. Bruxelles. Septembre 2025.»**
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Des constats communs
Malgré leurs différences méthodologiques, les deux études convergent sur plusieurs points :
- Les espaces festifs sont à la fois libérateurs et exposants : ils permettent l’expression identitaire mais restent traversés par des violences multiples.
- Les VSS sont banalisées et sous-déclarées : les victimes minimisent les faits et évitent les recours institutionnels.
- La racialisation et la transidentité amplifient l’exposition aux violences ; les femmes trans racisées apparaissent parmi les plus vulnérabilisées.
- Les stratégies de protection sont majoritairement collectives et discrètes : entraide communautaire, humour, évitement, invisibilisation.
- La formation et la sensibilisation des professionnel·les aux discriminations restent insuffisantes : si certaines personnes ont pu bénéficier d’un accompagnement adéquat, d’autres décrivent des expériences négatives ou un manque de compréhension de leurs réalités au sein des services médicaux, sociaux ou juridiques.
Les besoins prioritaires portent sur :
- Des espaces inclusifs et communautaires,
- Un trajet de retour plus sécurisé,
- Des formations intersectionnelles,
- Une reconnaissance institutionnelle,
- Un accès facilité à la parole.
Ces rapports constituent un outil de connaissance, mais aussi un levier d’action.
Ils invitent les professionnel·les du secteur festif, les acteur·ices de santé, les services publics et les décideur·euses politiques à reconnaître les réalités spécifiques vécues par les personnes LGBTQIA+ et racisées — et à agir en conséquence.
** Rapports complets des études disponibles à la demande auprès de Cécile Béduwé, coordinatrice de l’équipe de 2ème ligne.